Pour un mode de scrutin unique à toutes les collectivités territoriales

Publié le par Steven Dutartre

En France les assemblées des collectivités locales étaient jusqu'au vote de la loi sur la réforme des collectivités territoriales pourvues selon trois modes de scrutins différents :

  • Élection des conseillers municipaux : scrutin majoritaire plurinominal à deux tours avec possibilité de panachage dans les communes de moins de 3 500 habitants et scrutin majoritaire plurinominal à deux tours avec dose de représentation proportionnelle dans les communes de plus de 3 500 habitants.
  • Élection des conseillers généraux : scrutin majoritaire uninominal à deux tours.
  • Élection des conseillers régionaux : scrutin proportionnel plurinominal à deux tours avec prime pour la liste gagnante.

Depuis le vote de la loi sur la réforme des collectivités territoriales, les élections régionales sont supprimées et les conseillers territoriaux qui siègeront à la fois au conseil général et au conseil général seront élus dans les cantons redécoupés (sauf à Paris).

Répartition des sièges

Pour l'élection municipale, la répartition des sièges est différente selon la strate démographique :

  • Dans les communes de moins de 3 500 habitants sont élus les candidats ayant obtenu le plus de suffrages (majorité absolue pour premier tour représentant au moins un quart des inscrits et majorité relative au deuxième tour)1.
  • Dans les communes de plus de 3 500 habitants, comme à  Franconville, la liste ayant obtenu la majorité absolue des suffrages au premier tour obtient la moitié des sièges arrondie à l'entier supérieur si plus de 4 sièges à pourvoir ou à l'entier inférieur si moins de 4 sièges à pourvoir) et le restant des sièges est réparti proportionnellement selon la méthode de la plus forte moyenne entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés. En cas d'absence de majorité absolue, toutes les listes ayant obtenu au moins 10% des suffrages sont admises à concourir au deuxième tour et la liste ayant obtenu le plus de suffrages obtient la moitié des sièges arrondie selon le nombre de sièges à pourvoir, les autres sièges étant répartis proportionnellement selon la méthode de la plus forte moyenne entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés2.

Pour l'élection cantonale (mode de scrutin qui sera celui de l'élection des conseillers territoriaux3), le candidat ayant obtenu la majorité absolue des suffrages représentant au moins 25% des inscrits est élu au premier tour, si aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue des suffrages représentant 25% des inscrits, un 2e tour est organisé entre tous les candidats ayant obtenu un nombre de suffrages représentant au moins 12,5% des inscrits. Au second tour, le candidat ayant obtenu le plus de suffrages est élu4.

Pour l'élection régionale, la liste (comprenant toutes les sections départementales) ayant obtenu la majorité absolue des suffrages au premier tour obtenait un quart des sièges à pourvoir arrondi à l'entier supérieur et les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages se répartissaient les sièges restants proportionnellement selon la méthode de la plus forte moyenne. Si aucune liste n'obtenait la majorité absolue des suffrages, un second tour était organisé entre toutes les listes ayant obtenu au moins 10% des suffrages et la liste qui avait reçu le plus de suffrages obtenait un quart des sièges arrondi à l'entier supérieur et toutes les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages se répartissaient les sièges restant5.

Une proposition unique pour les trois scrutins

Le Parti socialiste ayant promis d'abroger cette loi sur la réforme des collectivités territoriales s'il revenait au pouvoir lors des élections de 2012,  le scrutin régional sera rétabli. Je pense qu'il est possible d'imaginer un mode de scrutin à un tour alternant représentation proportionnelle intégrale et représentation majoritaire avec dose de proportionnelle pour toutes les collectivités locales,cela conduirait à ce que les conseillers généraux soient élus au scrutin de liste.

Pour l'élection des conseillers municipaux dans les communes de plus de 3 500 habitants, en cas de majorité absolue la représentation proportionnelle selon la méthode de la plus forte moyenne s'appliquerait intégralement et cas de majorité relative, la liste ayant obtenu la majorité des suffrages obtiendrait la moitié des sièges arrondie à l'entier supérieur et les sièges restants seraient répartis à la proportionnelle intégrale entre les autres listes.

Pour l'élection des conseillers municipaux de Paris, Lyon et Marseille, celle des conseillers généraux ainsi que pour celle des conseillers régionaux, ce système s'appliquerait pour chaque section existante ou créée : arrondissement (de commune), secteur, arrondissement (de département) ou département.

Exemple 1 : l'élection municipale de 2008 à Franconville

Composition 2008 réelle

Dans le système en vigueur, les trois listes en présence ont obtenu dès le premier tour : 31 sièges (79,49% des sièges pour 54,58% des suffrages) pour la liste d'union de la droite, 7 sièges (17,95% des sièges pour 36,08% des suffrages) pour la liste d'union de la gauche et 1 siège (2,56% des sièges pour 9,34% des suffrages)  pour la liste centriste6.

Composition 2008 simulée    

Dans le système proposé, puisqu'il y a eu une majorité absolue lors de ce scrutin, la répartition aurait été la suivante : 22 sièges (56,41% des sièges pour 54,58% des suffrages) pour la liste d'union de la droite, 14 sièges (35,89% des sièges pour 36,08% des suffrages) pour la liste d'union de la gauche et 3 sièges (7,69% des sièges pour 9,34% des suffrages) pour la liste centriste.

Exemple 2 : l'élection municipale de 2001 à Franconville

Composition 2001 réelle

Dans le système en vigueur, les trois listes en présence au second tour ont obtenu : 30 sièges (76,92% des sièges pour 48,27% des suffrages) pour la liste d'union de la droite, 8 sièges (20,51% des sièges pour 42,50% des suffrages) pour la liste d'union de la gauche et 1 siège (2,57% des sièges pour 9,23% des suffrages) pour la liste divers écologistes7. Il convient de préciser qu'une liste divers droite n'a pas souhaité se maintenir bien qu'ayant obtenu assez de suffrages et qu'une liste d'extrême droite n'a pas pu se maintenir.

   

Avec le système proposé, la répartition aurait été la suivante sur la base des résultats du premier tour : 20 sièges (51,28% des sièges pour 36,99% des suffrages) pour la liste d'union de la droite, 9 sièges (23,07% des sièges pour 28,49% des suffrages) pour la liste d'union de la gauche, 4 sièges pour la liste divers droite (10,25% des sièges pour 14,06% des suffrages, 3 sièges (7,69% des sièges pour 10,71% des suffrages) pour la liste divers écologistes et 3 sièges pour la liste d'extrême droite (7,69% des sièges pour 9,76% des suffrages).

Conclusion

Ce système souple permettrait soit une représentation fidèle du vote des électeurs soit une représentation moins déformée permettant néanmoins de dégager une majorité même en l'absence de majorité absolue. Il faut toutefois prendre en compte que ces simulations ne sauraient présager le comportement des électeurs face à un mode de scrutin relativisant l'effet du "vote utile".


1. Articles L252, L253, L254, L255 et L255-1 du Code électoral.

2. Articles L260, L261 et L262 du Code électoral.

3. "Qu'est-ce qu'un conseiller territorial ?", site du ministère de l'intérieur.

4. Article L193 du Code électoral.

5. Articles L338 et L338-1 du Code électoral.

6. Résultat de l'élection municipale de 2008 à Franconville.

7. Résultat de l'élection municipale de 2001 à Franconville.

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U
<br /> Dans l'idéal, pourquoi pas, mais je doute qu'en pratique ce soit réellement applicable.<br /> <br /> Dans des villes où seules deux listes sont présentes au second tour, et où la victoire est très serrée, la majorité municipale pourrait très vite changer de couleur en cas de revirement d'un<br /> conseiller municipal, ce qui poserait alors le problème de la légitimité démocratique de l'élection du maire.<br /> <br /> Je prends comme exemple ma ville : aux dernières municipales, le MoDem, ayant dépassé les 15%, a 3 sièges sur 39. Néanmoins, un de ces trois élus a récemment quitté le groupe MoDem pour rejoindre<br /> celui de l'UMP. Avec ta proposition, ce type de comportement pourrait bouleverser la majorité municipale (bon, pas ici vu que le Modem ne pèse rien, mais un transfuge de l'UMP pourrait changer la<br /> donne).<br /> <br /> D'autres parts, la fragilité de la majorité municipale, ou territoriale, risquerait de renforcer l'inaction politique à cause de l'impossibilité d'obtenir l'unanimité de son groupe sur certaines<br /> décisions. Dans les assemblées représentatives, il y a souvent des absences lors des votes, ou des dissensions au sein de la majorité. Pour être sûr de faire voter un texte, il faudrait alors<br /> s'assurer du soutient de tous, ce qui est presque impossible, surtout lors de listes d'union allant des communistes aux verts ou des centristes aux sarkozystes.<br /> <br /> Personnellement, je serais plus favorable à un scrutin type régionales : 25% des sièges pour les gagnants et le reste à la proportionnelle me semble bien : la liste majoritaire est assurée d'une<br /> avance sur les autres formations, qui ont quand même l'occasion d'être représentées.<br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> Le souci du scrutin des régionales c'est qu'il donne une surreprésentation qui d'un point de vue démocratique me pose problème, pour moi un scrutin n'est pas là pour déformer de manière<br /> disproportionnée le choix des électeurs. Tu me diras que le système que je propose peut aussi le faire en cas de majorité relative mais toujours de façon moindre que ce qui existe actuellement.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Pour ce qui est de la stabilité des majorités, ce serait certes moins confortable je n'en doute pas mais c'est aussi une question de philosophie, la loi ici encore n'est pas là pour protéger les<br /> présidents d'exécutifs qui auraient la tentation du despotisme local grâce justement à des majorités extravagantes. La majorité absolue des sièges en cas de majorité relative est déjà une façon<br /> de tordre les résultats.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> En tout état de cause, j'estime que la stabilité d'une majorité ne doit pas se faire au détriment de la démocratie et que des élus responsables peuvent faire des choses tout à fait convenables<br /> avec une majorité qui reflète plus fidèlement le vote des électeurs, j'ai même envie de dire que cette sorte d'épée de Damoclès pourrait faire en sorte que certains élus soient plus mesurés dans<br /> leur façon de gouverner.<br /> <br /> <br /> <br />